Connaitre et comprendre le mila
INTRODUCTION
Le mila,
est tout ce que l’on sait ou pratique par tradition c’est-à-dire par une
transmission de génération en génération à l’aide de la parole ou de l’exemple.
Le mila est le socle de l’unité et de la cohésion de la nation
comorienne. Il est constitué d’un ensemble de ressources, culturelles, sociales et
symboliques qui permettent à l’homme et à la femme qui les connaissent, les
respectent et les appliquent d’obtenir la reconnaissance au sein de la société.
Les valeurs telles que le culte de l’honneur,
le respect familial, le respect des hiérarchies sociales, la solidarité, la
confiance sont essentiels dans la vie en société. Le partage de ces valeurs par
tous les Comoriens de quatre îles depuis des temps immémoriaux a engendré une
solidarité qui se manifeste par les échanges des dons et contre-dons et permet
d’instituer des réseaux de dépendance réciproques qui jouent, en quelque sorte,
le rôle d’un système d’assurance pour l’avenir appelé communément shungu.
Sans ces réseaux, la moindre difficulté pour remplir les obligations sociales
deviendrait vite insurmontable. Pour les ménages, ces dons jugés ostentatoires
par les lettrés nationaux occidentalisés et par les auteurs étrangers constituent des
actifs qui peuvent être mobilisés au moment d’accomplir les évènements du shungu, qui garantissent définitivement
l’homme et la femme contre l’exclusion.
Dès les premières décennies du deuxième millénaires, la
société comorienne obéissait à une organisation et à des
principes séculaires qui concouraient à l’harmonie de la vie des personnes et
des cités dans la communauté nationale. Les relations sociales étaient
structurées par des lois orales qui n’étaient pas passées par un pouvoir
centralisateur et transcendant comme les lois de l’État technocratique moderne.
Ces lois constituaient un aspect essentiel de l’identité même du peuple comorien,
car elles avaient contribué à façonner la société en faisant passer dans des
normes juridiques, les usages sociaux susceptibles de s’adapter sans se renier
à l’environnement social et culturel. En effet, « la
fonction sociale du droit est de traduire en normes juridiques les aspirations
qui montent des entrailles de la société[1] ».
Au-delà de ces aspirations sociales qui pouvaient être sectorielles et
disparates, le droit a plus fondamentalement vocation à traduire en normes
positives les valeurs dans lesquelles la société se reconnait.
[1] Bouineau J et Roux J, 2004, 200 ans de Code civil, ministère des Affaires étrangères
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