UN PATRIMOINE MILLÉNAIRE DÉCONSTRUIT PAR UNE SEULE GÉNÉRATION

DAMIR Ben Ali

Président du Collège des Sages

INTRODUCTION

La crise culturelle et morale qui secoue notre pays est caractérisée par la consommation de plus en plus généralisée par la jeunesse aussi bien urbaine que rurale des boissons alcooliques et des stupéfiants, les agressions sexuelles des adultes sur des enfants en bas âge et des mineurs sur des mineurs. Elle met à nu la profonde extraversion de nos élites bureaucratiques aussi bien arabophones que francophones et leur incapacité à explorer et à acquérir une connaissance approfondie des rapports entre les normes qui fondent l’organisation de la société et les lois qui régissent le pouvoir politique. Aussi, ces élites sont-elles, depuis bientôt un demi-siècle, incapables de s’approprier les formes institutionnelles de l’État de droit, les mieux adaptées à son environnement social, culturel et spirituel. « L’organisation sociale d’un pays est un corps vivant doté d’un héritage génétique » (G. Zossou, 2000). Celle des Comores est très complexe et plus difficile à discerner, en raison outre de sa grande profondeur chronologique, la profonde fracture de l’histoire coloniale subie depuis le milieu du XIXe siècle.

  1. Depuis l’élimination physique du président Ali Soilihi, les gouvernants successifs poursuivent, comme un seul homme, un seul objectif politique, l’élargissement en faveur de leurs proches, du marché des emplois politiques par la dissociation des structures infra étatiques pour créer ce que Georges Burdeau a appelé le fédéralisme par ségrégation en opposition au fédéralisme par agrégation. Les constitutions de l’Union des Comores depuis 2001 répondent parfaitement à cet objectif. Dans ce contexte politique et social, l’union nationale pour juguler la crise n’est pas réalisable. Chacune des factions qui divisent la classe politique se contente de pointer un doigt accusateur à l’autre au lieu de prêcher l’amour et la solidarité. Or « Aimer n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction » (Antoine de Saint Exupéry).

 

  1. La formation historique de la nation

Le prince Omar ben Abubacar, cadi de Mayotte, a écrit dans sa chronique qui date de 1864 que la première famille installée d’une manière définitive aux Comores est formée de deux Arabes venues d’un pays de la Mer Rouge avec leurs femmes, leurs enfants et leurs domestiques après la mort du prophète Soulaymana ibn Daoud, que le salut soit sur eux deux. Les deux familles s’étaient établies à Ngazidja.

Selon les écrits arabes et grecs avant et au début de l’ère chrétienne, les Arabes de Sofala (1) appelaient Kumr toutes les terres situées au large de la côte orientale africaine, c’est-à-dire Madagascar et l’ensemble des îles du Canal de Mozambique. Selon Yaqût al-Hamawi (1179-1229), dans son « Livre des pays[1] », le mot kumr signifie une forte lumière. La succession de deux consonnes rendait la prononciation difficile et les marins arabes ont ajouté la voyelle a, au cours des ans et le nom est devenu Kamar[2]. C’est beaucoup plus tard à partir du XVIe siècle que le nom Kamar devenu Comore sur les cartes des navigateurs portugais[3] désigne seulement l’archipel formé des quatre îles, Maore, Mwali, Ndzuani et Ngazidja.

[1] Yaqut ibn Abdullah al-Rumi al-Hamawi, Kitabmu’djamual’buldan (Livre des pays)

[2] DEVIC L. M, 1883, Le pays de Zendj ou la côte orientale d’Afrique au Moyen-Age, d’après les écrivains arabes, Hachette, Paris 280 pages

[3] Deux capitaines portugais, Joao de Nova et Joao de Castro, établirent vers 1538 le relevé topographique de l’archipel. Note nº 6 p. 390

 

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