LE PEUPLE COMORIEN À TRAVERS LES MILLENAIRES

INTRODUCTION

 

Sommets émergés des cônes volcaniques issus d’une « pointe chaude » de la croute terrestre à 3000 mètres sous la surface de l’eau, les quatre îles de l’archipel des Comores, Maore (Mayotte), Mwali (Mohéli), Ndzuani (Anjouan) et Ngazidja (Grande Comore) sont situées à l’entrée nord du Canal du Mozambique. Le climat est de type tropical avec une saison sèche relativement tempérée de mai à octobre et une saison pluvieuse et chaude de novembre à avril. Outre la faiblesse des dimensions du territoire, le trait caractéristique de cet archipel est la fragilité de ses attributs physiques. Des villages, des champs de cultures, des forêts sont rayés de la carte en quelques jours par un cyclone, une secousse tellurique ou une éruption volcanique ayant bouleversé profondément le relief d’une ou plusieurs régions, voire de l’ensemble des îles. Combien de fois une variété nouvelle de plantes introduite dans le pays a modifié l’équilibre écologique, transformé le système de production et changé les habitudes alimentaires. Aux yeux de l’observateur étranger, comme à ceux du lettré comorien formé à l’école coloniale où sont exclus des programmes d’enseignement, l’histoire, la langue, le patrimoine physique et culturel du pays, cette nature ne pourrait fournir le substratum d’une civilisation originale et l’humanité qui en a la charge ne peut prétendre sans faire sourire à une histoire d’une grande profondeur chronologique.

 

L’histoire de la naissance et de la croissance d’une formation sociale historique dans l’archipel des Comores est divisée par les spécialistes et par la tradition orale en cinq périodes. Les trois premières ont couvert plus d’un millénaire au cours duquel l’archipel n’a pas connu une domination politique étrangère, mais des échanges avec le monde d’hommes des biens, des idées et des savoirs faire qui sont au besoin débarrassés des références idéologiques d’origine pour être intégrés lentement et harmonieusement dans les systèmes, économique, social, et culturel, endogènes. Ce sont les périodes dites, Bantoue des origines milieu du premier millénaire, arabe des pays de la Mer Rouge du X au XIIIe siècle, Arabo-Persane dite chirazie, du XIVe au XIXe siècle. Les deux dernières sont les périodes, coloniale et postcoloniale qui se côtoient et se chevauchent, suivant le sort réservé aux différentes îles depuis 1843. Elles ont introduit des modèles administratifs, politiques et économiques construits sur des critères idéologiques étrangers à la société et qui ont dépouillé les cadres nationaux de leur qualité d’agents actifs de l’histoire de leur pays.

 

DE KUMRS A COMORES

 

Avant et au début de l’ère chrétienne, les Arabes de Sofala au Mozambique appellent Kumrs l’ensemble des îles au large de la côte Est-africaine. Les kumrs sont des oiseaux qui habitent l’archipel et doivent leur nom à leur plumage tout blanc. Selon Yaqût Al Hamawi[1], dans son « Livre des pays », le mot kumr signifie une forte lumière. La succession de deux consonnes rend la prononciation difficile et les marins arabes ajoutent la voyelle a, au cours des ans et Kumr devient Kamar. C’est à partir du XVIe siècle que ce nom devenu Comoros sur les cartes des navigateurs portugais[2] désigne seulement l’ensemble constitué par les quatre îles comoriennes : Ngazidja, Mwali, Ndzuani et Maore.

 

[1] Mu’djamu al buldan  écrit en 1226,

[2] Vers 1538 deux capitaines portugais, Joao de Nova et Joao de Castro établirent le premier relevé topographique de l’archipel. cf. Martin note 6. p. 390 T.1, 1983

 

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