MUSIQUE ET GENRE AUX COMORES LE CAS DU DEBE DANS L’ÎLE DE NGAZIDJA

 

La dernière génération des femmes qui a dansé le débé authentique est, en cette année 2001, celle des mères de nos quinquagénaires. Le débé est une danse créée, peut-être, à la fin du XIXe siècle ou bien longtemps avant. Il reste actuellement le souvenir d’une chorégraphie simple et harmonieuse et d’un riche corpus de poèmes chantés qui traitent des conflits entre deux groupes sociaux, celui des femmes et celui des hommes. Nous ignorons l’origine du débé, son lieu et sa date de naissance. Personne ne peut citer un seul nom d’auteur de ses chants. Certains textes portent cependant, pour les traditionalistes, des informations qui permettraient de les dater et même d’identifier la localité où ils sont composés. Le débé répond exactement à cette définition de B. N. Kotchy (1975), il donne à la musique : « l’art de l’harmonie, de la mélodie et du rythme en même temps qu’elle se révèle de la parole ».

Nous voulons présenter, dans les limites de cet article, le contexte économique, politique et social qui a fait la vogue de ce genre musical et a permis sa montée en puissance avant de servir de véhicule à un mouvement d’idées très subversives pour la société comorienne de l’époque et de générer les nombreuses œuvres de littérature orale qui lui ont survécu. Nous étudierons à partir de quelques morceaux de chants enregistrés au cours de l’année 1976, les fonctions de communication et de distraction qui ont été celles de ce genre musical. Enfin, nous essaierons de montrer les raisons de son déclin et de sa disparition.

Le statut de la femme et celui de l’homme dans la société

À la fin du XIXe siècle, la population comorienne était rurale à plus de 90 %. La femme, à l’instar de son mari, exerçait un métier hors de son foyer. Seuls quelques riches commerçants liés à des réseaux de parenté de Zanzibar, de Mombasa, et d’autres villes du Yémen et de l’Oman, parvenaient à obtenir que leurs épouses installassent leurs ateliers de couture, de broderie, de vannerie, etc. dans l’arrière-cour de leur maison et louassent les services des journaliers pour assurer la livraison de leur production chez leur client ou la vente au marché.

À la campagne, l’homme défrichait, plantait les cultures de rente et les arbres fruitiers, récoltait et transportait des produits chez l’exportateur. L’élevage des bovins, la pêche en haute mer, le travail du bois, des métaux, de la pierre, les métiers du bâtiment et le transport maritime et terrestre étaient des activités de l’homme. La poésie chantée ou déclamée à sa gloire en racontait ses luttes contre les gros poissons pélagiques, contre les éléments déchainés en haute mer et en forêt, et sa bravoure quand il y conduisait le bétail ou abattait les grands arbres pour les besoins de la navigation et de l’habitat urbain.

 

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