CAUSES ET CONSÉQUENCES DE LA LOI D’ANNEXION DE 1912

La Lettre DU COLLÈGE DES SAGES

 

CAUSES ET CONSÉQUENCES

DE LA LOI D’ANNEXION DE 1912

 

La date du 25 juillet 1912 devait rappeler à tout patriote comorien qu’il suffit qu’un pirate, un planteur, un mercenaire, un Etat étranger s’empare d’une seule île pour que l’ensemble de l’archipel soit soumis à un joug colonial. La loi d’annexion créait une situation de droit conforme à l’état de fait. Le décret d’application du 23 février 1914, fut l’aboutissement d’un processus engagé depuis 1843 qui consacrait la perte par le peuple comorien de son individualité politique en intégrant l’archipel dans une organisation  administrative qui faisait de Madagascar une colonie unitaire.

 

Le traité de Paris, du 31 mai 1814, qui marquait la fin des guerres napoléoniennes avait rendu l’île de Bourbon (La Réunion) à la France et cédé l’île de France (Maurice à la Grande-Bretagne). Il permit aux Anglais de signer avec les rois malgaches les traités du 23 octobre 1817 et du 11 octobre 1820 qui avaient mis fin aux razzias malgaches qui dévastaient et dépeuplaient les îles Comoriennes de 1793 aux environs de 1820 et à l’île de Bourbon, laissée à l’abandon après avoir était une dépendance de Maurice de se mettre à son tour à rechercher des dépendances pour y essaimer. C’est pour répondre au désir des expansionnistes réunionnais que le contre-amiral de Hell, fit négocier en 1841, la cession de Mayotte qui fut réunie aussitôt à son gouvernement avec Sainte Marie et Nosy Bé.

 

Ce fut la reine Tsioumekou de Nosy Bé qui fut à l’origine de la visite de Passot à Mayotte. Menacée par les armées Hova,  elle faisait cession de son île aux Français le 14 juillet 1840 ;  puis elle chargea Passot de remettre une lettre à son oncle Andriantsoly, un Sakalava, ancien roi de la région de Majunga qui représentait à Mayotte son gendre, Alawi Mtiti, le sultan d’Anjouan, chassé du trône par son oncle Salim et réfugié à Maurice.

 

Passot, arriva à Mayotte en août 1840. Le Malgache paru flatté de se voir reconnaître par Passot, le titre de roi de Mayotte. Il déclara cependant, qu’il ne se considérait que comme lieutenant à Mayotte du sultan légitime de Ndzuani, Alawi « Mtiti » et ne pouvait disposer de l’île sans un ordre exprès de ce prince.

 

Les notables Sakalva de Nosy Be venus à Mayotte exercèrent une forte pression sur Andriantsoly. « La veille de l’accord, le notable Nahikou avait déclaré à Passot : Il (Andriantsoly) règne mais moi je gouverne et je veux comme les Sakalavas de Nosy Bé, devenir français ». Selon Martin[1], « Il semble que la promesse d’une pension annuelle de mille piastres (5000 francs) ait constitué un argument décisif en faveur de sa conversion ». Dès le lendemain 2 avril, Andriantsoly consentait à signer le traité de cession.

 

La prise de possession interviendra trois années plus tard. Il fallait obtenir par tous les moyens, une ratification du traité par le sultan en exercice à Ndzuani. Mais Salim devait se montrer si tenace et si rétif qu’il ne fallut pas moins de la de deux navires du Commandant Favin Lévêque, l’Héroïne et le Colibri, devant Mutsamudu, pour obtenir l’ouverture des pourparlers. En février 1843, Said Omar, profitant d’un moment de découragement du sultan, lui mit « la plume en main »  et obtint une renonciation absolument positive par laquelle Salim déclarait : « C’est une chose juste et vraie que, depuis la mort du Sultan Alawi, les sultans d’Anjouan n’ont aucune espèce de droit à faire valoir sur l’île de Mayotte, et que ses habitants sont libres d’en disposer suivant leur volonté[2] ».

[1] Martin, op. cit. p.15 T1

[2] Martin, 1983,T.1

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